· 6 minAviation électriqueCertificationNavigabilitéCAMOEASA

Avion électrique : que certifie-t-on vraiment ?

Avion régional hybride-électrique en vol au crépuscule, flux de données cyan holographiques symbolisant le suivi numérique de la propulsion

Pour acheter ou préparer l’exploitation d’un avion électrique, commencez par distinguer un vol d’essai, l’approbation du modèle et le suivi de l’appareil livré. Un démonstrateur qui vole ne suffit pas à prouver qu’un avion de série est prêt à transporter vos passagers.

La certification de type porte sur une conception. La navigabilité continue consiste ensuite à maintenir chaque appareil en état de voler en sécurité selon les exigences applicables. Ces deux étapes demandent des preuves différentes. Le programme X1 de Heart Aerospace illustre bien cette distinction.

Ce que Heart a annoncé, et ce que cela établit

Dans son communiqué du 13 août 2026, Heart annonce que son démonstrateur X1 a effectué la veille un vol de 27 minutes à Plattsburgh. Le constructeur précise que l’appareil volait sur batteries, sous certificat de navigabilité spécial américain en catégorie expérimentale. Nous rapportons ici son annonce, pas une vérification indépendante de la campagne d’essais.

Le X1 prépare l’ES-30, un régional hybride-électrique de 30 places : sa propulsion combine énergie électrique et énergie issue du carburant. La page produit consultée le 12 septembre 2026 annonce 200 km en tout électrique, 800 km en mode hybride et une recharge en 30 minutes. Ces performances restent des données constructeur, à vérifier pour la mission, les réserves et les conditions d’exploitation envisagées.

Heart vise une certification FAA Part 25, le référentiel américain des avions de transport. Son communiqué prévoit les essais du premier appareil de pré-production en 2028 et une entrée en service en 2031. Ces dates sont des objectifs de programme. Une annonce de vol ou une cible commerciale ne démontre ni la délivrance du certificat de type ni l’autorisation de votre future exploitation.

Comment la certification traite une propulsion nouvelle

Les règles de certification dépendent du type d’aéronef. Il serait donc trompeur d’appliquer la Part 25 à tous les avions électriques. Un précédent plus petit existe : l’EASA a annoncé la certification du Pipistrel Velis Electro le 10 juin 2020, un biplace destiné principalement à la formation.

Quand les règles existantes ne couvrent pas correctement une caractéristique nouvelle, l’autorité peut compléter la base de certification par des conditions spéciales. Ce sont des exigences de sécurité supplémentaires pour la conception concernée. Côté européen, la SC E-19 traite les systèmes de propulsion électrique et hybride.

Les moyens de conformité décrivent des méthodes pour démontrer le respect de ces exigences. Au 12 septembre 2026, la page EASA classe « Endurance and Durability Demonstration (A) » et « Calibration Assurance » parmi les publications finales. Les consultations « Safety Assessment » et « Overspeed and Containment Demonstration » sont closes, avec publication finale encore attendue. Cela ne signifie pas que toute la SC E-19 serait encore en consultation.

Pour une exploitation européenne d’un futur type approuvé aux États-Unis, faites confirmer le statut européen du modèle et les conditions applicables. Le cadre bilatéral UE–États-Unis organise la coopération entre autorités ; une annonce FAA ne vaut pas à elle seule autorisation européenne.

Les dossiers électriques ne partent pas d’un vide réglementaire

Le règlement 2025/111, applicable depuis le 13 février 2026, adapte déjà le règlement 1321/2014 aux propulsions électriques, hybrides et aux aéronefs non conventionnels. La décision EASA 2026/002/R complète ce travail par des méthodes de conformité et des guides.

Un CAMO, organisme chargé de gérer le maintien de la navigabilité, doit partir du régime applicable à l’avion et à son utilisation. Les instructions de maintien de la navigabilité, souvent appelées ICA, précisent les tâches et données propres au type. Une liste de champs imaginée pour un futur avion ne remplace pas ces documents.

Pour préparer un échange avec le constructeur ou l’organisme de maintenance, nous recommandons de préciser :

  • L’équipement installé : référence et numéro de série du pack, dates de pose ou de dépose, document établissant sa compatibilité.
  • La limite à suivre : référence documentaire, unité, méthode de mesure et données nécessaires au calcul de l’échéance. Aucun seuil universel de santé batterie n’est proposé ici.
  • Le logiciel concerné : version du système de gestion de batterie, ou BMS, et documents requis pour les modifications applicables.
  • L’accès aux preuves : personne qui fournit les données, format utilisable, fréquence prévue et conservation lors d’un changement de prestataire.

Les tâches de maintenance et les compétences requises se vérifient séparément. Il ne faut pas confondre une formation à la sécurité électrique avec l’ensemble des licences, qualifications et autorisations nécessaires pour intervenir sur le type.

Cas fictif : préparer une commande sans inventer le futur dossier

Une compagnie étudie un avion hybride. Elle reçoit une brochure commerciale et un exemple d’écran montrant la santé d’une batterie. Son responsable documentaire demande à quoi correspond cet indicateur : quel pack, quelle date, quelle méthode et quelle limite publiée ?

Le constructeur lui transmet un projet d’instructions et précise que certaines données restent en cours de définition. L’équipe conserve cette version comme document de préparation. Elle inscrit les questions ouvertes, leur destinataire et la pièce attendue pour les clôturer. Elle ne transforme pas ce projet en programme d’entretien approuvé.

Avant la réception, l’équipe devra confronter ses préparatifs aux documents réellement applicables. Un historique manquant appelle une analyse précise de ses conséquences ; il ne permet pas, à lui seul, de déclarer une batterie invendable ou un avion inapte au vol.

La prochaine action utile est de demander ce premier ensemble de références. Notre guide sur les dossiers d’une flotte mixte explique ensuite comment organiser leur suivi avec celui des appareils déjà exploités.

Questions fréquentes

Le premier vol du X1 certifie-t-il l’ES-30 ?

Non. Heart annonce un vol expérimental du X1 le 12 août 2026. Ce démonstrateur sert au développement de l’ES-30 ; il ne constitue pas son certificat de type.

Quand Heart prévoit-il l’arrivée de l’ES-30 ?

Dans son communiqué du 13 août 2026, Heart vise des essais de pré-production en 2028 et une entrée en service en 2031. Ce sont des objectifs constructeur, pas une disponibilité garantie.

Faut-il attendre de nouvelles règles pour suivre une batterie ?

Non. Le cadre européen a déjà été adapté par le règlement 2025/111, applicable depuis le 13 février 2026. Les données, limites et tâches précises doivent être recherchées dans la documentation applicable à l’aéronef et au composant.

Quelle première demande adresser au constructeur ?

Demandez le statut de certification, la configuration envisagée et les instructions d’entretien disponibles, avec leurs versions. Distinguez les documents approuvés des projets et précisez qui fournira les données manquantes.

PB

Pierre Beunardeau

Fondateur de Kepler Aviation

Un projet, une question réglementaire ?

Kepler Aviation accompagne les acteurs de l'aéronautique sur l'IA, la blockchain et la conformité documentaire. Parlons de votre besoin.

Nous contacter